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Le danger d'écarter la doctrine de l'incarnation
par Curtis E. Browning, écrivain pigiste chrétien de Winnipeg

Noël approche à grand pas. Il est étrange que ce soit une période déprimante non pas seulement pour les hommes et les femmes en général, mais les chrétiens en particulier. En partie, la dépression découle du fait que notre concentration est largement détournée du message de l'incarnation de Christ, car la grande joie de Noël est liée inséparablement à l'incarnation de Jésus.

Peut-être le meilleur moyen de souligner l'importance de la doctrine de l'incarnation est de considérer les conséquences d'écarter la doctrine. La Bible nous dévoile un certain nombre d'objectifs pour l'incarnation de notre Seigneur. Si nous écartons la doctrine de l'incarnation, aucun de ces objectifs ne seront réalisés. Étudions donc ensemble les conséquences d'écarter la vérité du Dieu incarné. L'incarnation a pour objet :

De révéler Dieu aux hommes

Par le passé, Dieu s'était révélé par ses oeuvres (telles que consignées dans les Écritures), son monde (Psaume 19:1-6) et sa parole (Psaume 19:7-14). À la venue du Christ, il s'est révélé dans la personne de Jésus-Christ.

« Dieu a parlé autrefois à nos ancêtres par les prophètes. Et maintenant, dans ces jours qui sont les derniers, c'est par son Fils qu'il nous a parlé. Il a fait de lui l'héritier de toutes choses et c'est aussi par lui qu'il a créé l'univers. Ce Fils est le rayonnement de la gloire de Dieu et l'expression parfaite de son être. Il soutient toutes choses par sa parole puissante » (Hébreux 1:1-3a).

« En effet, si la Loi nous a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Personne n'a jamais vu Dieu: Dieu, le Fils unique qui vit dans l'intimité du Père, nous l'a révélé » (Jean 1:17-18).

Notre Seigneur peut donc dire sans hésitation : « Celui qui m'a vu, a vu le Père » (Jean 14:9). Non seulement le Seigneur Jésus révèle le Père aux hommes, il révèle également ce que les hommes sont aux yeux du Père.

« En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point comprise… Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu » (Jean 1:4-5, 9-10 -- version T.O.B.).

Par le passé, Dieu a révélé sa norme de justice au moyen de préceptes et principes, mais en Christ, il a révélé cette norme en personne. La « mesure d'un homme » signifie la mesure de cet homme, Christ (cf. Éphésiens 4:13).

Le Seigneur l'a dit clairement : il est celui que les apôtres présentaient en tant que Fils incarné de Dieu (Jean 1:1 ; 6:38 ; 2 Corinthiens 8:9 ; Philippiens 2:6,7 ; Galates 4:4-5). Le refus de croire que Jésus-Christ est Dieu incarné constitue le rejet de toute la révélation divine, peu importe si c'est l'Ancien ou le Nouveau Testament (cf. Jean 5:39-40 ; 6:45, 68 ; 8:26, 31-32, 42-47 ; Matthieu 22:29).

Il n'est donc guère étonnant que quiconque rejette l'enseignement biblique de l'incarnation rejete églement l'autorité des Écritures qui enseigne de façon catégorique cette doctrine. Les paroles de James Barr sont la conclusion logique de son rejet de cette doctrine :

« À mon sens, l'établissement de la tradition biblique constitue le récit d'une oeuvre de source humaine. Il s'agit de déclarations des croyances de l'homme, les événements vécus, des récits qu'on lui a racontés, et ainsi de suite. Depuis très longtemps déjà, c'était la coutume d'utiliser des expressions comme Parole de Dieu ou révélation comme synonyme de la Bible. Il en a donc résulté l'alignement de la Bible avec un mouvement de Dieu vers l'homme. C'est l'homme qui a élaboré les traditions bibliques. C'est l'homme qui a décidé du moment où le canon a été établi. Si l'on veut utiliser des expressions comme la parole de Dieu, alors il y aurait lieu d'utiliser l'expression exacte pour désigner la Bible, c'est-à-dire la parole d'Israël ou la parole d'un leader chrétien quelconque. »1

De racheter l'homme déchu

Le fait que le but principal de l'incarnation soit de sauver les hommes de leurs péchés constitue la doctrine la plus clairement documentée dans la Bible :

« Car le Fils de l'homme est venu chercher et amener au salut ce qui était perdu » (Luc 19:10; cf. Mattieu 9:13 ; Marc 10:45).

« Mais, lorsque le moment fixé par Dieu est arrivé, il a envoyé son Fils, né d'une femme et placé par sa naissance sous le régime de la Loi, pour libérer ceux qui étaient soumis à ce régime. Il nous a ainsi permis d'être adoptés par Dieu comme ses enfants » (Galates 4:4-5).

Cette déclaration est digne de foi. Elle mérite d'être pleinement acceptée, car Jésus-Christ est venu ici-bas pour sauver les pécheurs, dont moi le premier (1 Timothée 5 ; cf. 1 Jean 4:10).

B. B. Warfield en conclut donc, avec raison :

« Si nous éliminons le péché en tant que cause première et la rédemption en tant qu'objectif principal de l'incarnation, aucune des autres relations sur lesquelles reposent l'incarnation et aucun des autres effets qui découlent d'elles ne seront accomplis... »2

On peut constater la relation inséparable de l'incarnation de Christ et de l'expiation à la table de communion. Dans notre congrégation, nous avons la communion une fois par mois. Cela nous rappelle que notre salut a été obtenu grâce au sang de Christ versé sur la croix. Quels sont les deux éléments utilisés pour représenter l'oeuvre de Dieu pour le compte de l'homme ? Le pain et le vin. Les deux éléments constituent la preuve de la nécessité de l'incarnation.

Le pain symbolise le corps humain de notre Seigneur donné pour le salut de l'homme. Le pain sans levain nous rappelle que son corps était sans péché, également un résultat de l'incarnation de notre Seigneur. Quant à la coupe, elle symbolise le sang de notre Seigneur versé pour le pardon de nos péchés. Il n'aurait pu y avoir de sang versé sans corps humain.

Ainsi, l'expiation accompli par notre Seigneur dépendait de l'incarnation. Plus précisément, « il n'y a pas de pardon des péchés sans que du sang soit versé » (Hébreux 9:22), et il ne peut y avoir de sang versé sans corps humain (cf. Hébreux 10:5-10).

Il ne faut pas se surprendre que Satan consacre ses meilleurs efforts à attaquer la doctrine de l'incarnation, car la doctrine est essentielle à la rédemption de l'homme. M. Hick, un des auteurs du livre The Myth of God Incarnate (Le mythe du Dieu incarné), conclut rapidement qu'en écartant l'incarnation, le christianisme ne peut prétendre avoir un droit particulier par rapport à la rédemption :

« Le problème qui fait surface quand le christianisme s'affronte aux autres religions est le suivant : si Jésus était littéralement Dieu incarné, et si l'homme ne peut être sauvé que par sa mort, et que l'homme ne peut obtenir le salut qu'en répondant à Jésus, alors la seule porte qui mène à la vie éternelle, c'est la religion chrétienne. Il s'ensuivrait donc que la grande majorité de la race humaine n'a pas été sauvé jusqu'ici. Mais est-ce crédible que le Dieu aimant, le Père de tous les hommes, ait décrété que seul un certain groupe de personne dans toute l'histoire humaine serait sauvé ? » (page 180).3

Toute la question du salut éternel de l'homme repose sur l'argument contenu au chapitre 5 du livre des Romains. La question soujacente du chapitre est la suivante : comment la justice d'un seul homme, Jésus-Christ, peut-elle sauver une multitude ? La réponse : à cause du péché d'un seul homme, Adam (5:12, 14-15), toute la race humaine était considérée pécheresse aux yeux de Dieu et, de ce fait, se méritait la colère éternelle de Dieu. La solution que Dieu a pourvue était Christ, le "deuxième Adam" (5:14, 1 Corinthiens 15:45), dont la justice sauvera tous ceux qui sont en lui par la foi:

« Car si, par la faute commise par un seul homme, la mort a régné à cause de ce seul homme, à bien plus forte raison ceux qui reçoivent les trésors surabondants de la grâce et le don de la justification régneront-ils dans la vie par Jésus-Christ. Ainsi donc, comme une seule faute a entraîné la condamnation de tous les hommes, un seul acte satisfaisant à la justice a obtenu pour tous les hommes l'acquittement qui leur donne la vie » (Romains 5:17-18).

Satan cherche à miner le salut de l'homme en s'attaquant sur deux fronts aux vérités du chapitre 5 du livre des Romains. En premier lieu, il cherche à tromper les hommes pour qu'ils ne croient aucunement à l'existence d'Adam (d'où l'utilité de la théorie de l'évolution) ; donc il n'y a pas un seul acte pécheur à l'origine de la condamnation de toute la race humaine. Il en résulte que l'homme n'a plus une nature pécheresse. Si l'homme n'est pas pécheur, s'il n'est pas sous le coup de la colère divine, il n'a certainement pas besoin de salut.

En second lieu, Satan cherche à nous tromper. En corromptant la doctrine biblique de l'incarnation, Satan peut nous amener à conclure logiquement que puisque Jésus n'était pas Dieu manifesté dans la chair, il n'était pas le seul et unique moyen de procurer à l'homme le salut. Il y a plus d'une voie pour arriver au ciel et toutes s'équivalent.

Une fois la doctrine de l'incarnation écartée, toute l'histoire de la rédemption par la personne de Christ et de son oeuvre est sabordée. Donc, nous rencontrons de la controverse face à cette doctrine essentielle.

Notes de fin de document

1. Citation tirée du livre The Truth of God Incarnate (La vérité du Dieu incarné), pages 108-109. Le fait de nier l'incarnation de notre Seigneur nécessite le rejet de la révélation divine (la Bible) qui l'enseigne clairement. Selon le programme, le fait de nier l'incarnation constitue l'étape finale du rejet de la révélation divine et non la première étape. D'habitude, l'homme commence par nier l'autorité et le message de la Bible, et l'écart final, c'est de nier l'incarnation. Dans la préface du livre The Truth of God Incarnate, Michael Green résume l'ordre des événements qui ont mené à la publication du livre The Myth of God Incarnate.

2. Selected Shorter Writings of Benjamin B. Warfield (Nutley, New Jersey: Presbyterian and Reformed Publishing Company, 1970), ed. par John E. Meeter I, page 143.

3. Citation tirée du livre The Truth of God Incarnate, page 116.


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